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Congrès du centenaire: la FIJ adopte une motion pour tenir Israël responsable de crimes de guerre contre les journalistes au Liban

Réuni à Paris du 4 au 7 mai, le Congrès de la Fédération internationale des journalistes (FIJ) a adopté une motion d’urgence, présentée par l’Union des Journalistes du Liban, visant à tenir Israël responsable de crimes de guerre contre les journalistes et les professionnel·les des médias au Liban.

Crédit: l’Union des Journalistes du Liban.

Considérant que les attaques israéliennes systématiques et intentionnelles contre les journalistes et les professionnels des médias se poursuivent au Liban depuis le 13 octobre 2023, en violation flagrante du droit international humanitaire, des principes de la liberté de la presse et de la protection des travailleurs des médias en période de conflit armé ;

Considérant qu‘Israël a assassiné la journaliste d’Al-Akhbar, Amal Khalil, le 22 avril 2026, dans ce qui constitue un crime de guerre caractérisé, précédé de menaces directes de mort. Dans ce crime Amal a été surveillée, poursuivie et ciblée à plusieurs reprises, l’accès des équipes de secours et de sauvetage a été délibérément bloqué pour les empêcher de l’atteindre à temps, ce qui a causé sa mort après lui avoir ôté toute chance de survie, et ceci selon le déroulement suivant :

  • Vers 14h30, un drone israélien a bombardé un véhicule civil qui accompagnait les deux collègues Amal Khalil et Zeinab Faraj sur la route de Tiri-Bint Jbeil, tuant deux personnes qui se trouvaient à l’intérieur.
  • Des appels urgents ont été lancés par la suite à la Croix-Rouge libanaise et internationale, à la défense civile, à l’armée libanaise et aux forces de la FINUL pour évacuer les deux collègues ou leur assurer un couloir humanitaire sécurisé, mais Israël a refusé de donner l’autorisation.
  • Vers 15h30, le drone est revenu cibler le véhicule des deux collègues alors qu’elles tentaient de se mettre à l’abri à l’extérieur, leur causant des blessures et des brûlures.
  • Vers 16h27, la maison dans laquelle elles s’étaient réfugiées a été directement bombardée par un avion militaire.
  • Environ une demi-heure après la frappe sur la maison, soit vers 17h00, les équipes de secours ont reçu l’autorisation d’entrer. Cependant, alors que ces équipes tentaient d’extraire Zeinab Faraj et de rechercher Amal Khalil sous les décombres, elles ont été visées par une bombe sonore et des tirs directs, dont certaines balles ont atteint un véhicule de la Croix-Rouge libanaise, le contraignant à se retirer et rendant ainsi impossible la poursuite des opérations de recherche et de sauvetage.
  • L’accès des équipes de secours et de l’armée libanaise à la zone demeura bloqué jusqu’aux alentours de 20h00. Les équipes n’ont pu atteindre l’emplacement d’Amal Khalil et récupérer le corps de la défunte que vers 23h00, bien trop tard pour la sauver. Selon le rapport médico-légal, le décès d’Amal est survenu aux alentours de 19h00, à la suite d’un arrêt cardiaque et d’une hémorragie aiguë provoqués par un traumatisme contondant à la tête.
  • Le témoignage de l’unique survivante, la collègue Zeinab Faraj, confirme qu’un drone israélien de surveillance les survolait et descendait à plusieurs reprises pour s’assurer qu’elles étaient encore en vie. Elle a relaté : «Nous avons retenu notre souffle et avons feint d’être mortes pour qu’ils ne nous tuent pas». Cela constitue une preuve manifeste de surveillance délibérée, de ciblage direct et de connaissance de l’identité des personnes ciblées.
  • Ce crime a été précédé de menaces directes adressées à Amal Khalil sur son numéro personnel, depuis un numéro vraisemblablement lié aux services de renseignements israéliens, en date du 25 août 2024, dont le texte était le suivant: «Votre maison est-elle encore debout, Mademoiselle Amal? Nous vous conseillons de fuir où vous pouvez si vous souhaitez garder la tête sur les épaules.» Par ailleurs, le journal Al-Akhbar a reçu le 21 septembre 2024 une menace directe de ciblage si Amal Khalil ne cessait pas sa couverture médiatique, ce qui établit la préméditation et le guet-apens.

Et considérant que, le 28 mars 2026, un drone israélien a pris pour cible une équipe de presse sur la route de Kfar Houneh – Jezzine, au sud du Liban, causant la mort du correspondant de la chaîne Al-Manar, Ali Choeib, de la correspondante d’Al-Mayadeen Fatima Ftouni, et de son frère le cameraman Mohammad Ftouni, dans un crime explicitementrevendiqué par l’armée israélienne ;

Et que, le 18 mars 2026, Mohammad Cherri, directeur des programmes politiques d’Al-Manar, a été tué avec son épouse par une frappe israélienne visant leur appartement dans le quartier de Zoqaq el-Blat dans le centre de Beyrouth ;

Considérant que Morris Tidball-Binz, rapporteur spécial des Nations Unies sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, a établi dans sa  déclaration finale  que les assassinats ciblés de journalistes sont considérées des crimes de guerre, et ceci après sa visite officielle au Liban le 12 octobre 2025 ; 

Et considérant que, le 2 avril 2026, Tidball-Binz, conjointement avec Irene Khan, rapporteur spécial sur la promotion et la protection du droit à la liberté  d’opinion et d’expression, et Ben Saul, rapporteur spécial sur la promotion et la protection des droits de l’homme et des libertés fondamentales dans la lutte antiterroriste, ont appelé à uneenquête internationale indépendanteautour des assassinats  ciblés des journalistes; Ils exhortent le gouvernement libanais à rassembler les preuves, affirmant que le ciblage des journalistes constitue un crime de guerre et une violation grave du droit international, insistant sur la mise en oeuvre de la responsabilité internationale, de mettre fin à l’impunité et d’assurer le droit des familles à la vérité et à la justice ;

Considérant que le rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires devrait présenter ses recommandations dans son rapport à remettre au Conseil des droits de l’homme lors de sa prochaine session en juin 2026 ;

Et considérant qu’au cours de la session de juin 2026, le Groupe de travail sur l’Examen périodique universel (EPU) des Nations Unies relatif au Liban présentera également desrecommandations dirigées à l’État libanais, concernant la protection des journalistes et la liberté de la presse, notamment :

  • Garantir la liberté d’expression et protéger les journalistes contre la violence et l’intimidation (recommandation adoptée par l’Équateur et Sierra Leone) 
  • Adopter des protocoles de protection conformes aux normes internationales et au Plan d’action des Nations Unies sur la sécurité des journalistes (Bulgarie) 
  • Documenter les crimes de guerre et renforcer les mécanismes de responsabilité (Oman)
  • Ratifier le Statut de Rome de la Cour pénale internationale (Lettonie, Luxembourg, Ukraine) et saisir les autorités compétentes (Colombie)

Considérant de même que l’Union des Journalistes du Liban appelle l’État libanais, depuis le début des attaques israéliennes contre les journalistes en octobre 2023, à documenter officiellement les crimes de guerre, à ouvrir des enquêtes judiciaires sérieuses, et à demander la création d’une commission d’enquête internationale indépendante, que ce soit a à travers le Conseil des droits de l’homme ou le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme. L’Union exhorte l’État libanais à accepter la compétence de la Cour pénale internationale conformément au paragraphe (3) de l’article 12 du Statut de Rome, pour enquêter sur les crimes commis sur le territoire libanais depuis octobre 2023 ;

Considérant que ces revendications demeurent négligées par les autorités libanaises, dans un contexte de silence international, ce qui accroît les risques subis par les journalistes, entrave leur liberté d’action et le droit du public à l’information, perpétue l’impunité et sape le droit des victimes et de leurs familles à la vérité et à la justice ;

Le Congrès de la Fédération Internationale des Journalistes décide de :

I-    Demander au comité exécutif de la FIJ d’adresser une lettre au Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme et au Conseil des droits de l’homme, lors de sa session de juin 2026, pour :

  • Désigner une commission d’enquête indépendante et impartiale sur tous les assassinats de journalistes et de professionnels des médias au Liban depuis le 13 octobre 2023 jusqu’à la fin des hostilités.
  • Donner à cette commission les pouvoirs nécessaires pour recueillir les preuves, entendre les témoins et survivants, et documenter les violations, de manière à servir de base à des procédures judiciaires ultérieures.
  • Soumettre des rapports périodiques et transparents présentant les résultats de ces enquêtes aux instances onusiennes et à l’opinion publique internationale.

II- Demander au comité exécutif de la FIJ d’adresser, en coordination avec UJLeb, une lettre aux autorités libanaises, les invitant à :

  • Mener des enquêtes officielles et transparentes sur les assassinats de journalistes, étape essentielle pour permettre aux journalistes et à leurs familles d’exercer leurs droits légaux.
  • Consulter les dossiers des crimes commis contre les journalistes depuis octobre 2023, et suivre le progrès  des enquêtes ou des procédures judiciaires.

III- Appeler les unions de journalistes et syndicats affiliés à la FIJ à :

  • Soutenir l’Union des journalistes du Liban dans ses procédures judiciaires visant à poursuivre les auteurs des crimes contre les journalistes devant les tribunaux nationaux des États appliquant le principe de compétence universelle, indépendamment du lieu du crime ou de la nationalité des suspects.
  • Faire pression sur leurs gouvernements pour prendre position et adopter des mesures concrètes contre l’impunité, notamment en soutenant la création d’une commission d’enquête internationale indépendante et impartiale sur les crimes de guerre commis contre les journalistes devant le Conseil des droits de l’homme.

Liste des précédents cas de ciblage de journalistes par Israël depuis octobre 2023 au Liban:

  • Le 13 octobre 2023, le photographe Issam Abdallah a été tué par une frappe israélienne directe alors qu’il exerçait son travail journalistique dans la zone de ‘Alma El-Chaab, près de la frontière sud du Liban. Six autres journalistes ont été blessés, parmi eux des reporters de l’AFP et d’Al Jazeera, dont la photographe Christina Assi, qui a perdu sa jambe droite.
    Cette attaque a été documentée par plus de neuf enquêtes approfondies menées par Amnesty InternationalHuman Rights Watch, Reuters (premier et deuxième rapports), AFP, ainsi que par des rapports onusiens, (la FINUL et les communications des rapporteurs spéciaux). Tous ont confirmé que les journalistes étaient visibles pour les drones et hélicoptères israéliens et depuis les postes d’observations, et qu’il n’y avait aucun échange de tirs depuis plus de 40 minutes avant qu’ils ne soient visés par deux obus de char et des tirs de mitrailleuses.
  • Le 21 novembre 2023, la correspondante de la chaîne Al-Mayadeen Farah Omar, le photographe/vidéasteRabih Maamary, et leur guide Hussein Aqil, ont été tués par une frappe israélienne directe visant leur équipe de presse à Tayr Harfa, dans le sud du Liban.
  • Le 25 octobre 2024, le cameraman d’Al-Manar Wissam Qassem, celui d’Al-Mayadeen Ghassan Najjar, et l’ingénieur broadcast Mohammad Reda, ont été tués pendant leur sommeil par un raid israélien visant leur emplacement à Hasbaya, où logeaient plusieurs équipes de presse (Human Rights Watchthe Guardian).

La Fédération Internationale des Journalistes représente 600 000 journalistes dans 146 pays – 11 mai 2026