Israël Katz ordonne la fermeture totale de la Cisjordanie occupée et Bezalel Smotrich appelle à « y faire ce qu’on a fait à Gaza »

Après des semaines d’escalade sans précédents des violences des colons israéliens, qualifiées par plusieurs analystes de « pogroms », Israël a entièrement bouclé la Cisjordanie occupée pendant une semaine, fermant ses points de passage entrants et sortant, et renforçant les restrictions imposées à la circulation des Palestiniens au sein-même du territoire, invoquant la fête juive de Souccot. Le ministre de la Défense, Israël Katz, a ordonné dimanche cette fermeture sur recommandation de l’armée ; celle-ci restera en vigueur jusqu’à samedi. 

La Cisjordanie occupée bouclée pour une semaine

Dimanche, dans le gouvernorat de Ramallah et el-Bireh, les forces israéliennes ont bloqué les routes et fermé les accès à Turmus Aya, Aboud, Nabi Saleh, Atara et Taybeh. À Yabroud, Ein Siniya et Jaba, et des soldat-es ont mis en place des points de contrôle pour fouiller les véhicules et vérifier les pièces d’identité.

Ce bouclage empêche également les Palestinien-nes qui détiennent encore des permis de travailler en Israël et dans ses colonies d’y accéder, une main-d’œuvre déjà fortement réduite depuis le début de la guerre génocidaire menée par Israël à Gaza en octobre 2023. Seuls les travailleur-euses jugés « essentiel-les » sont autorisé-es à pénétrer dans les zones industrielles israéliennes de Cisjordanie.

Les Palestinien-nes sont déjà soumis-es à de sévères restrictions de circulation en raison des centaines de postes de contrôle et de barrières israéliens disséminés sur l’ensemble du territoire occupé. Selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies, il existe plus de 300 checkpoints israéliens répartis dans toute la Cisjordanie, parmi les plus de 925 obstacles limitant la liberté de circulation de 3,4 millions de Palestiniens en Cisjordanie et à Jérusalem-Est recensés en décembre 2025. 

Ces contrôles sur l’ensemble du territoire seront donc encore renforcés cette semaine, coupant notamment l’accès aux lieux saints tels que la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem-Est occupée et la mosquée d’Ibrahim à Hébron, en Cisjordanie. Les restrictions de circulation entravent en outre l’accès des Palestinien-nes au soin, des ambulances étant régulièrement retardées à des points de contrôle, des délais qui peuvent parfois s’évérer mortels. 

100 colons attaquent un village

C’est dans ce contexte d’isolement total que se poursuivent les attaques de colons israéliens sur les habitant-es palestinien-nes se poursuivent. Dans la nuit d’hier à aujourd’hui, une centaine de colons ont fait irruption à Jalud, au sud de Naplouse, peu après minuit lundi, prenant pour cible les habitations de la famille Toubasi.

Cette famille avait été chassée de son domicile en juillet à la suite d’attaques répétées de colons visant à s’emparer de la propriété, et était de retour chez elle depuis quelques heures à peine, après qu’un tribunal israélien eut ordonné à l’armée d’assurer son retour en toute sécurité.

Les colons sont arrivés en grand nombre et ont incendié deux maisons appartenant à la famille Toubasi, endommageant leur contenu et les rendant inhabitables. Les médias locaux rapportent que les forces israéliennes ne sont pas intervenues pour mettre fin à l’attaque, et la famille Toubasi a été contrainte d’évacuer à nouveau la maison sous la menace des armes.

Les colons s’en sont également pris à l’armée israélienne qui devait escorter les familles jusqu’à leur domicile, et qui rapporte que les colons ont bloqué des routes, incendié des pneus et lancé des pierres sur les soldats, blessant trois officiers. C’est peut-être ce dernier élément qui a poussé le gouvernement à une rare condamnation des violences des colons : Benyamin Nétanyahou a condamné l’attaque, blâmant un « petit groupe d’émeutiers » et jugeant que leur comportement « cause un grand tort à cette communauté et entrave nos forces dans l’accomplissement de leur mission. »

Cette même nuit, des attaques de colons ont été rapportées le village d’al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah ; à Beitunia et sur la route de Jaryout, à l’ouest de Ramallah, sous la protection des forces israéliennes ; à Jérusalem-Est occupée, où des dizaines de colons ont agressé deux Palestiniens à la porte de Damas tard dans la soirée de lundi.

Outre ces attaques des colons israéliens, les Palestinien-nes de Cisjordanie occupée sont la cible de raids quotidiens de l’armée israélienne, qui procède à des arrestations arbitraires, à des saisies illégales de terres et au déplacement forcé des populations. Mercredi 23 septembre, une opération de démolition massive d’habitations s’est déroulée dans un village du sud de la Cisjordanie occupée, laissant des dizaines de Palestiniens sans abri. Environ 176 personnes ont été déplacées, dont 85 enfants. Des bulldozers militaires et des soldats sont arrivés à Janba, dans le Masafer Yatta, au sud d’Hébron, tôt dans la journée et ont démoli 24 structures résidentielles, 16 structures agricoles, 16 panneaux solaires et 14 réservoirs d’eau, selon l’organisation israélienne de défense des droits humains B’Tselem. 

Israël « élimine » les conditions de vie des Palestinien-nes

Un rapport publié par cette même organisation, intitulé « The Elimination Project » (Le projet d’élimination), accuse Israël d’« éliminer » les conditions de de vie des Palestinien-nes de Cisjordanie. Israël « intensifie de manière spectaculaire ses attaques contre tous les aspects de la vie des Palestiniens en Cisjordanie », notamment « la possibilité de se rendre au travail, d’emmener ses enfants à l’école ou à l’université, de bénéficier de soins médicaux ou de services municipaux, de voir sa famille et ses amis, de cultiver la terre ou de partir en vacances… autant d’activités quotidiennes qui constituent la vie humaine. »

« L’élimination, dans ce contexte, signifie une atteinte durable aux conditions qui permettent aux Palestiniens d’exister en tant que peuple doté d’un territoire, d’institutions, d’une langue, d’une culture, de liens sociaux, d’une direction, d’une mémoire et d’une histoire communes, ainsi que d’un horizon social et politique », indique le rapport. « Il s’agit d’un projet politique en cours qui vise à réorganiser l’espace et les conditions de vie de manière à ce que la présence juive devienne contiguë, institutionnalisée et permanente, tandis que l’existence palestinienne devient fragmentée, vulnérable et dépendante. »

Cette violence des colons et soldat-es israélien-nes est très loin d’être le fait d’une minorité. Elle est également largement impunie, et ouvertement encouragée par certains ministres israéliens. Dimanche, le ministre des finances Bezalel Smotrich a déclaré dans une interview au média israélien Ynet News qu’Israël devrait « entrer en guerre » dans les territoires occupés et répéter « ce qui a été fait à Gaza », tout en prétendant que cet appel à la violence était une « solution » aux pogroms en cours en Cisjordanie occupée.

« Je pense que nous devons entrer en guerre en Judée et en Samarie, pour y faire ce que nous avons fait à Gaza, à savoir démanteler l’Autorité palestinienne, qui est une autorité terroriste », a-t-il déclaré, en référence au nom biblique de la Cisjordanie. L’Autorité palestinienne gouverne la Cisjordanie conformément aux accords d’Oslo et au processus démocratique palestinien.

Smotrich a en outre insisté pour annexer le territoire contrôlé par l’armée israélienne à Gaza, délimité par la soi-disant « ligne jaune », derrière laquelle l’armée israélienne s’est retirée dans le cadre de la première phase du « cessez-le-feu » à Gaza. Les cartes militaires israéliennes indiquent que cette ligne s’étend de 1,5 km à 6,5 km (0,9 à 4 miles) à l’intérieur de Gaza à partir de sa frontière orientale avec Israël et couvre environ 58 % de l’enclave.

Agence MEDIA PALESTINE – 29 septembre 2026